L’histoire de la maîtrise de l’eau d’un village

Le village de NGUITH a été délocalisé de son lieu d’origine à son lieu actuel le 04 Novembre 1964, suite à la demande du gouvernement de l’époque appelant tous les villages de la contrée à se rapprocher de la route nationale 3 (RN3) alors en cours de construction.
Lorsque les habitants ont eu vent de cette nouvelle donne, Baye GADJ eut le souhait d’en informer son Marabout Cheikh Al Islam Elhadji Ibrahima Niasse pour demander conseils et prières à la fois. En concertation et accord avec Mamadou Asta Coundoul alors chef de village et avec les notables, une délégation fut constituée et envoyée à Médina Baye (Kaolack). Le Vivificateur de la Fayda trouva l’idée géniale et donna son aval et ses bénédictions. Baye Gadj, Mamadou Asta et les notables, satisfaits, ordonnèrent le traçage du nouveau site avec une parfaite organisation des futures concessions selon un plan en damiers de part et d’autre de la route. Après cela, le déménagement fut organisé collectivement et exécuté.
Après ce déménagement, le problème de taille à résoudre est celui de l’approvisionnement en eau. Le point d’eau le plus proche était Mbari, le puits de l’ancien village, situé entre deux et trois km du nouveau site. La corvée d’eau était devenue donc un vrai fardeau pour des femmes obligées de se rendre quotidiennement à Mbari pour disposer du liquide précieux et satisfaire les besoins au quotidien en eau.
C’est dans ce contexte très difficile lié à l’approvisionnement très fastidieux en eau, posant aux braves femmes toutes les difficultés du monde, que nos ainés saisirent le Commandant de la gendarmerie de Linguère de l’époque, Mandiaye Faye, pour la mise à disposition d’un puits tout proche du village nouvellement installé. Et la demande fut acceptée.
Dès lors, le commandant amena un puisatier originaire de la ville de Thiès qui devrait s’en charger. Après étude et concertation, les notables du village décidèrent de l’emplacement du puits. Des prières furent organisées à l’échelle du village pour l’exécution des travaux. On nota, fait important, l’implication de Djiby Sakho Coundoul (Père de Gora Niang Coundoul), patriarche distingué du village à l’époque ; il procèda à des rituels pour un déroulement sans problème du projet.
Des fils du village ont contribué en tant que personnel d’appui et de soutien au puisatier chef. C’est le cas de Aliou Mar (Frère de Mouna Asta Mar mère de Pa Daouda Gueye), de Amadou Coumba Coundoul (Père de Colonnel Ada Coundoul) et de Amar Awa Coundoul (Père de Baba Diaw Coundoul).
Après un bon démarrage des travaux, le puisatier en chef se rendit à Thiès voir la famille ; il y resta beaucoup trop longtemps. Cette absence qui commençait à s’éterniser poussa les autorités religieuses et coutumières du village à se rendre à Linguère pour informer le Commandant DIÈNE NDOUR, alors nouveau commandant remplaçant le commandant Mandiaye Faye, de l’absence du puisatier et pour lui proposer Moda Coundoul (Ex- Imam de la Mosquée de Nguith), un fils du village de surcroît, grand maçon de son état et puisatier reconnu, pour la poursuite des travaux. Le Commandant accéda à la demande de nos parents. Il convoqua Moda Coundoul pour discuter des modalités de la poursuite des travaux.
Désigné pour finir le travail, Moda Coundoul mit sur pied une équipe constituée de Demba Dary peulh, Amadou Coumba Coundoul et Amar Awa Coundoul. Et c’est cette équipe très engagée qui parviendra à finir les travaux et à mettre le puits à la disposition de l’autorité villageoise. Dorénavant, les braves femmes de Nguith furent allégées des longues distances qu’elles faisaient quotidiennement pour disposer du liquide précieux. Mais la corvée de tirer manuellement l’eau à l’aide de la corde, de la polie et du delou (baak en wolof) d’un puits d’une grande profondeur et de la livrer bassine sur la tête dans les maisons à quelques centaines de mètres, était toujours là.
Quelques années plus tard, Birame Guissé, un autre fils du village bien connu des générations actuelles et qui avait résidé très longuement en Côte-d’Ivoire, souhaitant alléger les siens de cette corvée quasi persistante dota le village d’un Groupe Électrogène d’une capacité de 25 kW et d’une motopompe à la date du 08 Décembre 1976. L’installation a pris fin cent jours après, le 18 Mars 1977. La Société Matforce, maître-d ’œuvre des travaux, sur demande de la chefferie du village procéda à la construction parallèle d’un bassin d’eau à proximité.
A partir de cette date, la gestion de l’ouvrage a été confiée à Ousmane Khady Gadj (père de Mbacké Ousmane et d’Abdou Sané Gadj) qui en fit sa propre affaire avec la rigueur que tout le monde lui connaissait. La corvée était réduite certes, mais elle était toujours là ; l’eau devait être toujours transportée dans des bassines, du puits jusqu’aux maisons. Autre difficulté majeure, l’eau amenée par la pompe n’était pas suffisante en quantité du fait d’un forage non complet de la nappe. Aussi, les femmes du village devaient venir chercher l’eau à tour de rôle. Une partie du village aujourd’hui, une autre partie le lendemain. Durant cette période, les jeunes étaient mis à contribution ; ils devaient, à bord de charrettes, chercher de l’eau dans des futs depuis Linguère.
Face à cette situation de quasi pénurie d’eau, et face aux besoins sans cesse croissants liés à une augmentation de la population, des démarches pilotées au sein de l’autorité villageoise avaient été menées auprès des autorités départementales ; d’abord auprès du Préfet du département de Linguère, ensuite auprès de Monsieur Daouda Sow, grand responsable politique du département et membre influent du régime d’Abdou Diouf. Le 24 décembre 1984, toujours dans le cadre de la recherche de solution, une délégation à la tête de laquelle on nota le vénérable Baye GADJ et le Chef de village de l’époque Amadou Mbaye Coundoul, une délégation composée entre autres de Elhadji Mamadou Rokhy Gadj, Elhadji Amadou Ndiaye (Ex-président Ansaroud-dîn),Racine Mar, Demba Fama Mangane et Cheikhou Coundoul ,fut reçue par l’autorité départementale.
Quelques jours après, le 02 Janvier 1985, une audience fut accordée par Monsieur Mar Diouf, Chef de Cabinet du Président de la République Abdou Diouf, à une délégation nguithoise dont faisaient partie Birame Guissé, Atoumane Ndiaye (Président des transporteurs de la région de Thiès), Elhadji Amadou Ndiaye, Mandiaye Dieng, Elhadji Ada Faty Coundoul et Amadou Coumba Seyni Coundoul. Monsieur Mar Diouf, mit la délégation en contact avec Monsieur Samba Yello Diop, Ministre de l’Hydraulique. La rencontre avec le Ministre eut lieu le 04 Janvier 1985.
Ces démarches ont abouti à la pause de la première pierre du forage, le 27 Mars 1985, organisée en grande pompe et dans l’allégresse par les villageois. Les travaux n’ont pas tardé puisqu’elles ont démarré deux semaines après. La nappe d’eau fut atteinte à la date du 11 Avril 1985, à une profondeur de 202 m. Un système de pompage à balancier (pompe à piston à double effet lui donnant un mouvement alternatif) que nous avons l’habitude d’appeler Guilemgui (chameau) ou Baba dalang cour fut installée. Les caractéristiques du Forage-Puits sont les suivantes :
Les travaux de pose des conduites d’eau pour le branchement du village au système d’alimentation en eau courante furent en même temps entamés avec les Équipements Électromécaniques suivants : Le Forage comporte un CHÂTEAU D’EAU haut de 15 mètres avec un réservoir d’une capacité de 150 M3, de 13 BORNES FONTAINES et de 1980 ML DE CONDUITES EN P.V.C, réalisé par l’ENTREPRISE dénommée GROUPEMENT MITSUI NISSAKU SOUS-TRAITANT : FRANZETTI
Le Coût des Équipements qui s’élevait à 103.000.000F.CFA (Cent Trois Millions Francs CFA) a été supporté par la SUBVENTION JAPONAISE.
Pour en revenir au puits communément appelé Teen Moda (du nom de son foreur), il était devenu depuis un patrimoine du village et ça jusqu’à une certaine période. Aujourd’hui encore, le souvenir de ce puits, patrimoine à jamais disparu parce qu’enseveli pour des raisons de sécurité, reste vivace.
La jeunesse du village des années 60 à 80 n’oubliera à jamais que ce puits, symbole de la détermination et de l’engagement de toute une communauté et témoin de la souffrance endurée, a étanché la soif des nguithois jusqu’à l’inauguration du forage.
Cette inauguration a eu lieu à la date du 10 Septembre 1993 par MONSIEUR MAMADOU FAYE, Ministre de l’HYDRAULIQUE et son Excellence MONSIEUR TAKESHI NAKAMURA, Ambassadeur du JAPON au Sénégal.
Depuis cette date à nos jours, la gestion de l’ouvrage est confiée à Alassane Coundoul (fils Elhadji Seynou Niaw Coundoul de Linguère).
Sources: Interview à Imam Moda Coundoul (Ex Imam de la Mosquée de Nguith), à Elhadji Amadou Ndiaye (Ex-président Ansaroud-dîn de Nguith) et Alassane Coundoul fils de Pa Seynou Niaw Coundoul.

Données techniques

PROFONDEUR 200 m
NIVEAU STATIQUE 9 m
DEBIT DE RECEPTION 30 m3/h
DEBIT COURANT 42 m3/h
MOTEUR DEUTZ
VITESSE 2200 TR/MN
ACQUIFERE CAPTE MAESTRICHTIEN
ANNÉE DE REALISATION 1985
RABATTEMENT 3,2 m
HMT 60,80 m
PUISSANCE 22,5 kW
POMPE A AXE VERTICAL GUINAR WELSTAR
FINANCEMENT KWF
Je remercie vivement Imam Baba Gadj de la Cité des Nations-Unies, Cheikh Anta Gadj et Grand Nadou Coundoul qui m’ont soutenu pour la réalisation de ce document.
Saliou
Saliou Mamadou Rokhy Gadji ; Espagne, Guissona ; Juillet 2020