Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux.
Que la Paix et le Salut soient sur le Prophète Mohammad, sur sa Famille, sur ses Compagnons et sur toute la Communauté musulmane.
Ô! Mon DIEU! Accorde à jamais la Paix, le Salut et la Bénédiction à nos disparus et à leur descendance, par considération pour Ton Essence Sublime, Ô! Toi l'Unique!
Parler de Mouhamadou Lamine Gadji est un exercice difficile pour nous. Et cela pour au moins deux raisons : d’une part, nous sommes la chair de sa chair et, d’autre part, ce saint homme a tiré sa révérence l’année même de nos vingt ans. Vingt ans, trop peu pour cerner l’être qui se cachait dans ce corps. Nous allons quand même essayer, pour la postérité, de partager un peu de la vie de cet homme, une vie pleine et entièrement dévouée au Créateur. Une vie difficile à cerner pour l’homme ordinaire que nous sommes pour deux raisons : Mame Lamine (comme l’appelaient ses petits-fils) est un homme d’une autre dimension, ensuite parce que l’homme ne s’est pas dévoilé pour que les simples d’esprit comme nous puissent le connaître. Donc, nous n’avons pas la prétention de tout connaître de Mame Lamine. Aussi, nous demandons votre indulgence de ne pouvoir dire que peu de choses sur l’homme, mais suffisamment, nous l'espérons, pour que les jeunes comprennent.
Mame Mouhamadou Lamine Gadji était un homme exceptionnel à tout point de vue, un homme alliant Droiture et Sainteté, un homme au cœur purifié et paré des meilleures vertus. Un homme dont la Sainteté n’est plus à démontrer, un Ami d’Allah (Waliyou) par la Grâce d’Allah. C’était un homme à la foi profonde et pure, un homme dont la croyance et l’adoration sont basées sur les enseignements du Coran et de la Sounna. Une vraie étoile musulmane qui scintille sous le firmament de la Vertu.
QUI EST MAME LAMINE ?
Question difficile à répondre, tant Mame Lamine était un homme d’un autre monde, d’une autre dimension. Mame Lamine, c’est la Sainteté, la Générosité, la Droiture faites Homme. Le Soufi au sens noble du terme. Une des fiertés de la descendance de Makhèt Gadji (ancêtre des gens de patronyme Gadji de Nguith).
L’HOMME
Dans l'existence de chaque communauté, il y a des hommes que la mémoire humaine et la conscience populaire inscrivent de façon indélébile dans le registre de l'histoire. Chaque communauté a ses meilleurs fils, ses meilleurs serviteurs, ses références. Pour
Nguith en général et pour
Gadjiène en particulier,
Mouhamadou Lamine Gadji en faisait partie.
Selon Ghazali, le fait de donner le nom d’un Saint qui a rencontré l’agrément d’Allah à son enfant est un moyen de faire rejaillir sur lui l’hora de l’homonyme et de lui faire acquérir certaines des qualités qui l’ont distingué aux yeux de Dieu.
Mame Saliou (père de Mame Lamine) a donc eu la " main heureuse " en donnant à ce fils,
né vers 1904 à Nguith (Guént-ba, ancien site), le nom de Mouhamoudou Lamine (Mouhamed Al Amine). Nom prédestiné s’il en est, Mouhamed signifiant « digne de louanges » et Al Amine se traduisant par «le digne de confiance ».
Mouhamadou Lamine, ibn Saliou, ibn Ababacar, ibn Makhèt Gadji est le fils aîné de
Mame Saliou et de
Mame Faty Khady Coundoul. De par son père, il est de la noblesse foutankobé, un Thioubalo (Soubalo au pluriel (pêcheurs)). En effet, Mame Lamine, comme tous les Gadji, fait partie du groupe des castes d’autorité que sont les Sebbé (guerriers), les Toroobbé (détenteurs de l’autorité religieuse), les Jaawambé (conseillers avertis des Toroobbé) et le groupe des Soubalbé (formé des Soubalo (pluriel de Thioubalo)), lesquels, en leur qualité de maitres incontestés des eaux (Jaaltaabé), forment le quatrième élément de l’encadrement social toucouleur. De part sa mère, Mame Lamine est le petit- fils de
Mame Khady Diankha, sœur de Mame Astou Diankha ; de ce fait, Mame Lamine est donc un neveu de
El Hadji Ibrahima NIASSE, Vivificateur de la
Fayda Tidjaniya. Appelé affectueusement
Amadou Lamine, Baye Lamine ou Mame Lamine, ce digne fils de Mame Saliou était l’époux de Mame Faty Gana Coundoul avec qui il a eu neuf bouts de bois de Dieu : Ada (décédé à bas age), Fallou, Alpha (décédé à bas âge), les jumeaux Mouhamadoul Kabir (du nom de Cheikh Ahmadou Bamba) et Maodo Malick (du nom de El Hadji Malick Sy, décédé à bas age), Ndèye Gana (de son vrai nom Seynabou), Séga, Abdoulaye et Cheikh Anta.
Après une formation islamique réussie à Ngayène, Mame Lamine intègre le monde du travail, notamment du commerce. Il vivait du commerce à Joal, puis en
Gambie. Il mettait à la disposition des vanniers Nguithois de Dakar des camions de feuilles de rôniers (ndone). Pendant l’hivernage, il revenait à
Nguith pour s’adonner à l’agriculture. Mame Lamine était un homme beau et qui s’habillait bien. Il sentait toujours un doux parfum. Il était très posé. Il savait aussi sourire (mougne) pour mettre à l’aise ceux qui venaient à lui. Mame Lamine Gadji a tiré sa révérence
le 17 Novembre 1987 à 14 heures 20 minutes à l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye, à l’âge d’environ 83 ans. Il repose depuis à
Touba à coté de son Maître et Guide, Mame Mor Mbaakhé Gaye, représentant au Djoloff du Serviteur de la Meilleure des Créatures. Ô Touba, la cite bénite de Bamba, Ô Touba, lieu d’attirance des vertus d’honorabilité et d’attirance des bienfaits, Ô
Touba, lieu qui préserve du mal et écarte le préjudice ! Réjouis-toi de la Grâce qui te fut accordée le jour où tu reçus
Mouhamadou Lamine, une faveur que n’a obtenu aucun autre lieu.
SA FORMATION
Comme ses frères,
Abdoulaye Gadji et Mor Gaye Gadji, Mouhamadou Lamine Gadji est entré à très bas âge à l’école coranique de
Ngayène. Dans ce temple du savoir fondé par Serigne Mor
Mbaakhé Gaye, Mame Lamine s’était fait remarquer par son aptitude à assimiler les Saintes Ecritures, sa droiture et sa discrétion. Depuis le Daara, Mame Mouhamadou Lamine Gadji, comme ses frères Abdoulaye et Mor Gaye, avait déjà inscrit sa démarche sous le signe de l’Istikhama, cette droiture sous-tendue par la mesure, l’équilibre et qui est la marque distinctive des Hommes de Dieu.
C’est dans ce temple du savoir que Mame Lamine a côtoyé les fils du « Khaali » du Bourba Djoloff que sont Serigne Mor Diama Gaye, Serigne Cheikh Gaye et Serigne Mamoudou Gaye (communément appelé Serigne Maama). Il a beaucoup aidé les enfants du sage de Ngayène (Serigne Cheikh et Serigne Maama surtout) à parfaire leur formation
islamique. Cette épisode de sa vie explique pourquoi
Serigne Cheikh Gaye, devenu Khalif de son père, ne voyait en Mouhamadou Lamine Gadji un disciple de son père, mais son Maître à lui. A Ngayène déjà, ceux qui l’ont côtoyé savaient que Mame Lamine avait quelque chose de spécial, de particulier. Il ne maîtrisait pas seulement les Saintes Ecritures, il connaissait leurs secrets.
L’ASCÈTE, LE SOUFI
Mame Lamine est un homme qui a inscrit sa vie sur un registre si extraordinairement élevé, qu’il est absolument impossible, pour l’homme ordinaire que nous sommes, d’imaginer
la dimension spirituelle de l’homme, la profondeur de son engagement pour l’Islam, son peu d’attachement à ce bas monde, son insondable renoncement aux choses terrestres et son immense don de soi.
La dimension spirituelle de Mame Lamine ne peut être perçue que par les Amis d’Allah (Al Awliya), parce qu’il était des leurs. Elle ne peut être perçue par la réflexion rationnelle, car elle est supra-humaine.
Mame Lamine Gadji donnait l’impression de venir d’un autre monde dont il avait la nostalgie. Il aimait un autre monde qui n’était pas ce bas monde. Il était un croyant accompli et un génie intellectuel. Et pourtant, il était très effacé.
Mame Lamine était un maître de
modestie qui étonnait par son endurance, sa rigueur ascétique dans l’observation stricte de la Charia et de la Sounna.
Mame Lamine était d’un grand charisme. Il avait le caractère idéal du
musulman à la fois distinct et équilibré. Honnêteté, Politesse, Décence, Discrétion, Droiture, Travail, Maîtrise des Saintes Ecritures, tels sont les enseignements à tirer de cet homme hors du commun.
Son désire constant de se rapprocher d’Allah fait que Mame Lamine vivait souvent en
retraite spirituelle (kheulweu). Pendant ces périodes, personne ne pouvait le voir. Pas même les membres de sa famille. Chaque jour, on glissait sous la porte de l’eau et un peu de nourriture. Il vivait toujours à jeun. Il ne sortait pendant ces périodes que pour la prière du Vendredi. Et quand il sortait, on ne voyait que ses yeux. Il a réussi à avoir cette place qu’il voulait tant : être parmi les Amis d’Allah (al Awliya).
MAME LAMINE, LE SERVITEUR
Tout en Mame Lamine est exceptionnel. Il était crédité du don de Dieu de voir se réaliser toutes les prières qu'il formulait, comme s'il donnait des ordres aux éléments. Les exemples sont nombreux pour attester de ce don. Combien de fois a-t-il soigné des malades mentaux et autres ? Combien de fois a-t-il soigné des possédés.
Nous nous souvenons aussi d’une scène surréaliste avec ce jeune qui était donné pour mort. Ses parents l’avaient amené auprès de Mame Lamine car il était très mal-en-point. Malheureusement, Mame Lamine était à Darou, le village de son père derrière Mboul, pour se recueillir sur la tombe de Mame Saliou. On demanda alors à Cheikh Coura Gadji de monter un cheval et d’aller appeler Mame Lamine. Informé de la situation, Mame Lamine demanda à Cheikh Coura de retourner à la maison avec le cheval. Mais Cheikh Coura lui fait comprendre que le cheval, c’était pour lui permettre de rentrer le plus rapidement possible car tout le village l’attendait. Mame Lamine déclina l’offre et rassura Cheikh Coura, depuis Darou, que l’enfant n’est pas mort. Il lui dit qu’il rentrera quand il en aura fini avec ce pourquoi il est venu à Darou. .
A son arrivée à la maison, alors que les gens pleuraient le « mort », Mame Lamine a simplement pris sa bouilloire, fait ses ablutions, se rapproche de l’enfant. Il verse sur l’enfant l’eau qui restait de la bouilloire et l’enfant s’est levé comme s’il ne lui est jamais rien arrivé. Cet enfant, devenu aujourd'hui adulte, est aujourd’hui en Italie.
Et des cas comme ça font légion. Tout ceci pour vous dire que Mame Lamine était un cadeau de Dieu fait à Nguith. Mame Mouhamadou Lamine Gadji, tu as été un Soleil qui a éclairé la voie de la Vérité, Sois rétribué par notre
Créateur, pour la tradition de l’Elu, meilleure créature ! Sois élevé au-dessus de tes compagnons ! .
Mon Dieu, pardonne à notre parent
Mame Lamine Gadji et place-le à un rang élevé, parmi ceux qui ont été guidés. Sois son remplaçant auprès des membres de sa famille qui sont demeurés en vie ! Pardonnes-nous, ainsi qu’à lui, Ô Maître des mondes, et fais de sa tombe un endroit spacieux et lumineux! Amen.
Cheikh Anta Gadji
; Dakar, Sénégal
; mars 2020